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Interview n°12


Kraftwerk : Rock & folk n° 289 - Septembre 1991

 

Interview de Ralf Hütter
[Rock & folk n° 289 - Septembre 1991 -
interview par Pascal Raciquot-Loubet]

 

interview réalisé près de la scène de la Brixton Academy, alors que les roadies installent les machines sur scène, et que le tour manager est un pleine réflexion, avec le photographe, sur la manière de photographier les robots à l'effigie du groupe, arrive alors Ralf Hütter.

Le tour-manager : non, il est hors de question de photographier les quatre robots ensemble. Ce sont ces deux-là ou rien ! (...)

Ralf Hütter : Peut être vous pouvez mettre les quatre le long du mur, ce serait bien...oui ? (...) Nous étions en train de travailler sur le nouvel album, "Electric Café". C'est à ce moment-là qu'est apparue la musique digitale, alors que nous le finissions. Nous avons alors décidé de réactualiser notre studio pour l'avenir, en écrivant de nouveaux programmes et en créant avec un ingénieur les robots et les computer-graphics qui nous servent sur scène, mais nous avons tout de même terminé "Electric Café" en mélangeant analogique et digital, alors qur "The Mix" est entièrement digital. Tout ça a pris tout ce temps, parce que nous avons l'idée fixe de construire la machine idéale pour fonctionner parfaitement lors de nos voyages dans les capitales du village global. (...) Les robots sont tellement plus patients que nous. Regardez, ils sont très accommodants, ils prennent la pose sans faire d'histoires. Pourquoi devrions nous poser alors qu'ils s'en acquittent aussi bien ? Et puis, nous sommes sur la scène le soir et on n'arrête pas de nous photographier en concert, de toutes façons. On les voyait comme ça. D'abord, l'idée était de faire des mannequins animés et costumés. Mais nous étions tellement fascinés par la transparence de la technologie et le côté minimal, juste les moteurs, que nous les avons laissés comme ça, avec une tête achevée et un corps qui montre les organes mécaniques. C'est l'illustration parfaite de l'idée de "Man-Machine".

Ralf Hütter : (à propos de "The Mix") - En principe, ce disque doit être considéré comme un live : il reproduit le concert de cette tournée. Peut-être que lorsqu'elle sera terminée, nous aurons rajouté quelques chansons. Nous jouons "The Model", qui ne figure pas sur le disque. Peut-être que nous ferons "Neon Lights", "Man Machine" ou "Les Mannequins", et qu'il y aura un "The Mix - Part 2", mais pas maintenant.

Ralf Hütter : (à propos de l'organisation des concerts, leur évolution) - Nous voulons garder une ligne, c'est notre côté classique, mais c'est en même temps un spectacle ouvert : il y a de nouvelles images. Et le studio que nous emportons sur scène est totalement différent, il ne reste plus grand-chose de nos anciennes machines, peut-être un ou deux petits claviers (...)


Ralf Hütter : (à propos des "enfants de Kraftwerk" venus ce week-end là applaudir ceux qui se sont penchés sur leur berceau : Daniel Miller, Vince Clark, Depeche Mode, Nitzer Ebb au grand complet, OMD, Human League, Heaven 17, Front 242, Yellow magic Orchestra et Gary Numan) - Nous en avons rencontré quelques-uns. C'est très intéressant de voir un truc dont nous avons créé la version continentale, européenne, allemande et de voir une version anglaise qui interprète notre travail différemment, en accentuant le côté vocal, par exemple, ou en poussant plus loin comme on le fait à Détroit ou Manchester. Nous avons joué à Détroit en 81, mais nous n'avons pas rencontré Kevin Saunderson...Mais cette année, nous rencontrerons sûrement tous ces gens qui se réclament de nous, comme New Order à Manchester, avec qui nous avons passé une soirée après le concert.


Ralf Hütter : (à propos du "Show" pendant le concert : Ralf en arrive à trouver le concert un peu "wilde") - Oui, c'est plus une party qu'un concert, alors que la veille, c'était plus cinéma. En principe, le show est identique partout, mais comme nous venons juste de commencer, il y a de grandes chances que ça change. Peut-être même que nous accentuerons davantage le côté visuel (...) quelqu'un nous a dit récemment que les graphiques fil de fer, pour "Music Non Stop" étaient modernes, mais qu'ils évoquaient aussi des statues hiératiques, en marbre, classiques. il y a une simultanéité des époques, lorsqu'on mélange des images anciennes et modernes. Les époques se télescopent et ce qui nous plaît beaucoup, c'est de poser la question : "Où est le présent ?". On a tellement vécu avec... Notre modernité est cyclique. Telle que nous la voyons, c'est quelque chose de détaché du temps, et elle est probablement plus moderne que quelque chose qui à été créé en 91.

Rock & folk : La modernité était plus moderne dans les années cinquante-soixante ?

Ralf Hütter : Certaines choses, oui. Je trouve que les années quatre-vingt dix sont beaucoup plus réactionnaires. Et musicalement, aussi. Quand nous jouons "Autobahn", qui a été composé en 74, c'est encore très moderne.


Ralf Hütter : (à propos de l'absence d'intérêt de Kraftwerk pour l'espace) - Nous sommes, très urbains, très européens...Et puis les autres groupes allemands ont toujours été cosmiques. Nous nous étions très industriels, à Düsseldorf, et l'espace, ça ne nous a jamais intéressés : nous préférons regarder le quotidien.

Rock & folk : Quels domaines vous reste-t-il a explorer ?


Ralf Hütter : On verra pour le prochain album. pour le moment, nous sommes en train d'assimiler des idées en voyageant. Nous sommes fascinés par le mouvement, les trains, les autos, le Tour de France, la musique en mouvement ("The Mix"), les cités, ce sera sûrement très inspiré par le voyage ou les réseaux qui quadrillent la planète.

Ralf Hütter : (à propos de Conrad Schnitzler) - Nous n'avons jamais travaillé avec lui, mais nous avons fait des jams sessions ensemble, il y a longtemps. Nous n'avions pas tellement de relations avec les autres groupes. L'Allemagne, c'est différent de la France : il n'y a pas de centre, comme Paris l'est pour la France. Düsseldorf est un centre industriel, Cologne ou Berlin ont chacune une scène différente.

Ralf Hütter : (à propos des centaines de bandes inédites dont serait rempli le Klin Klang studio) - Pas rempli, mais il y a quelques bandes... Nous n'avons jamais beaucoup enregistré, c'est plutôt dans la tête. Nous avons très peu d'archives. Tout ce qui nous sert pour travailler est stocké dans des programmes d'ordinateur, mais il y a très peu de produits finis. Quand nous avons fait "Electric Café", qui devait s'appeler "Techno-pop", nous n'avons pas fait comme un chanteur qui inspecte ces cassettes et qui choisit ce qu'il va mettre sur l'album. Mais nous avons beaucoup de programmes dans nos ordinateurs et nous les activons lorsque c'est nécessaire. Quant au Kling Klang, nous y allons tous les jours, comme on va au bureau. C'est comme un laboratoire. Nous y sommes surtout la nuit.

Rock & folk : Vous sortez toujours autant ?

Ralf Hütter : Oui de temps en temps; Le week-end dans les clubs techno à Francfort et Dortmund. A Düsseldorf, il n'y a pas grand chose. Comme ça, on a le temps de faire de la musique.

Rock & folk : On vous reconnaît, quand vous allez quelque part ?

Ralf Hütter : Non. c'est très calme, en Allemagne, de ce point de vue là. Il y en a qui font des films, d'autres travaillent dans la mode...Il n'y a pas de hiérarchie dans la célébrité. C'est très moderne ! Lorsque j'ai rencontré Florian, j'était étudiant en architecture et lui étudiait la musique. A l'époque, il y avait très peu de choses à Düsseldorf et il était inévitable que deux personnes qui s'y intéressent aient fini par se rencontrer. A Londres, mille personnes font de la musique. Düsseldorf est le dernier endroit où on imaginerait que quelque chose puisse arriver. C'est pratiquement nous qui l'avons mis sur la carte musicale du monde (...) disons que nous nous répartissons les tâches. Florian préfère s'occuper du hardware, des programmes et des machines et moi, je m'occupe du software : écrire les paroles et faire les interviews. Au début, il venait avec moi aux interviews et c'était toujours moi qui parlais.

Ralf Hütter : (à propos de l'"Autobahn", qui fait le tour de la ville de Düsseldorf) - Nous la prenons toujours pour écouter nos nouvelles bandes dans un environnement différent. Nous prenons des cassettes et nous faisons le tour de la Ruhr en voiture.

Rock & folk : ça n'a pas changé ?

Ralf Hütter : Non, non ! C'est le meilleur test, l'autoroute ! Je suis très voiture et très train. Je n'aime pas tellement prendre l'avion, mais c'est parfois une nécessité. Heureusement, aujourd'hui il y a les fax et la communication digitale. On peut envoyer des disquettes ou des disques durs avec notre musique et on peut échanger des bandes sans avoir à se déplacer. Plus besoin d'aller dans un studio particulier pour enregistrer : on envoie les sons et on attend.

Rock & folk : Vous faîtes des remix pour d'autres gens ?

Ralf Hütter : On nous a demandé, mais nous avions tellement de retard dans notre propre travail que nous n'avons jamais eut le temps. Et nous ne voulons pas nous disperser. peut-être que lorsque le projet krfatwerk sera achevé, nous pourrons nous dire : "Tiens, qu'est-ce qu'on pourrait bien faire aujourd'hui ? Et si on remixait untel ?" En revanche, OMD a fait une version de "Neon Lights" avec des ingénieurs que nous connaissons. Et le prochain simple "Radioactivity", sera remixé par William Orbit. Nous ferons peut-être aussi "Pocket Calculator".

Rock & folk : Justement, la légende veut aussi que Kraftwerk ait enregistré, à part "Dentaku", d'autres chansons en japonais. C'est vrai ?

Ralf Hütter : Non jamais, e, revanche, un groupe japonais a repris "The Model".

Rock & folk : Vous rendez-vous compte que vous avez créé la musique moderne ?

Ralf Hütter : je préfère ne pas trop y penser. Je préfère juste continuer. Moi, j'ai l'impression qu'on est juste en train de commencer. Quelqu'un en Allemagne m'avait un jour proposé d'arrêter, parce que les disques étaient déjà tellement bien. Je lui ai répondu que je ne voulait pas suicider Kraftwerk juste pour satisfaire une construction de l'esprit. Nous on continue, c'est notre travail. Pour moi, Kraftwerk est loin d'être une oeuvre complète. C'est un truc vraiment organique, un Work-in-progress.

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