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Interview n°13


Kraftwerk : Best - Novembre 1991

 

Interview de Ralf Hütter
[Best n° ? - Novembre 1991 - interview par Jay Remi]

 

Ralf Hütter : Notre dernier disque "The Mix" est en fait une sorte de disque live puisque voilà 5 ans que nous reprogrammons ces chansons en vue de la présente tournée.
Nous avons resamplé tous nos sons parceque les originaux étaient inutilisables. Et comme notre instrument de musique c'est le studio, il fallait que nous le préparions pour l'emmener sur la route. Cette vision que l'on a eu spontanément est devenue une démarche commune aujourd'hui mais elle annonce réellement un nouveau commencement en musique. Mais il est vrai que pendant des années peu de gens - et surtout pas notre maison de disques - croyaient en nous en dehors d'un petit public spécial. Ce ,'est qu'en 1975 que soudainement les hits commencèrent à tomber avec "Autobahn". L'idée du show, c'est de présenter un spectacle mi-cinéma, mi-discothèque.
Le "Gesamtkunstwerk" : pièce d'art totalement multimédia. Tout le monde comprend ça maintenant mais dans le passé les américains nous critiquèrent beaucoup. Dans ce pays ou le rock monopolise tout, la culture est réactionnaire et uniforme. Dorénavant c'est vraiment en Europe que l'on dégage les perspectives du futur. Le "trans Europe Express" c'est une idée que l'on a eu il y a pas mal de temps déjà. Certes, on se sent très allemand mais uniquement dans le sens européen du terme.
Le lyrisme, l'idée de la musique de notre pays (le classique) nous a influencé sans nous contraindre à quelques héros que ce soit (à part un petit faible pour Beethoven car nous sommes de la même région). Les nationalités se perdent, ce n'est pas grave, mais chaque pays se doit de développer sa personnalité. Comme je disais à cet autre magazine : la country music est une forme d'expression tirée de la vie au texas. Elle n'a rien à voir avec la vie à Düsseldorf. Tout comme la musique chinoise ou australienne, on a toujours considéré notre musique comme une musique ethnique.
On a une énorme collection de synthés analogiques - ces vieux claviers aux sons étranges redevenus au goût du jour avec la house music - A une époque, on n'arrivait même pas à la revendre alors, on les avait mis à la cave. Mais ces dernières années, on les a ressorti (rires). Je me rappelle très bien avoir acheté mon premier mini-moog et il coûtait le même prix qu'une Volkswagen, c'était très cher ! C'est comme pour les samplers, maintenant ils sont devenus extrêmement abordables.
On est en train de passer de ces disques de collages (samplings) musicaux à ce que j'appelle la 2ème phase qui va encore plus dans l'expérimentation, voila ce à quoi nous travaillons en ce moment. Nous faisons partie de cette génération d'après guerre qui s'essaya de reconstruire autre chose en renouvelant la culture allemande. Nous cherchions à être artistique tout en restant populaire. Nous avions peur de rester enfermés, de trop penser. Car c'est plus important de communiquer, de rester en mouvement avec le train, la voiture, les ordinateurs. Ils ne faut pas rester statique. C'est pourquoi nous travaillons tous les jours à Kling Klang, notre studio.
On commence en général vers 15 Hrs pour des histoires de maintenance avec des techniciens, ensuite on n'arrête guère avant 5 Hrs du matin. Alors parfois on va finir la nuit à Frankfurt (1 h 30 d'autoroute) dans ce club techno afin de se décontracter un peu. On a toujours été en boîte parce qu'en Allemagne peu de groupes jouent en concert, le disque a toujours été ce qui importait. Dans les 70's, c'était le disco, la musique noire, mais on écoutait de vraiment de tout. La danse nous a toujours fasciné, cette façon de vivre, "Express Yourself", à chacun son style, c'est magnifique. C'est évidemment de plus en plus dur d'écrire des chansons. Le son les a dorénavant remplacées. Et même si nos compositions conservent de la mélodie, ce ne sont que des bribes minuscules qu'on conjugue, répète et détourne.
La visualisation que l'on offre à l'auditeur est multiple, elle a de nombreux sens selon sa personnalité. Alors que la pop/rock classique est très littéraire, ses paroles sont énormes (il s'indigne). Mais pourquoi a-t-on besoin de paroles ? Il n'y a rien à dire. Et puis tout a été dit, non ? On a bien sur souvent pensé à produire des gens mais on n'a jamais eu le temps et l'énergie nécessaires. Il faut savoir continuer son travail et avancer. certains musiciens ont apprécié ce que l'on fait et s'en sont servi pour évoluer eux-même, c'est bien. Ca nous pousse à nous surpasser et aller de l'avant.

interview n°12

 

interview n°14