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Interview n°15


 

Interview de Ralf Hütter
[Sonntagszeitung.ch - 3 août 2003 - Interview par Michael Lütscher]

 

Sonntagszeitung : Il est dit que vous êtes un cycliste invétéré. Quelles sont les étapes du Tour de France que vous avez déja effectuées ?

Ralf Hütter : Nous faisons du vélo depuis plusieurs décennies maintenant, à commencer par moi. Nous avons déja passé tous les cols énoncés sur le livret du CD Tour de France Soundtracks : Madeleine, du Galibier à l'Alpes d'Huez dans les Alpes et de Luchon en passant par le Tourmalet jusqu'à Luz Ardiden dans les Pyrénées.

Sonntagszeitung : Est-ce aussi facile que l'écoute de vos Soundtracks le laisse penser ?

Ralf Hütter : Si vous êtes compétitif, c'est facile, sinon c'est éprouvant. Pour l'album, nous avons enregistré le bruit de la bicyclette et la respiration du coureur.

Sonntagszeitung : A côté de la souffrance des cyclistes professionnels sur le dernier Tour de France, votre album ressemble plus à une sublimation de l'effort, ou alors à un coureur qui se serait injecté de l'EPO.

Ralf Hütter : Bien sûr que nos sons subliment l'effort. L'équipe du Tour de France nous a invité à suivre l'épreuve, notre "capitaine de route" était Gilbert Duclos Lasalle, un ancien très grand cycliste professionnel. Nous avons suivi l'étape de l'Alpe d'Huez dans la voiture du directeur du Tour Jean-Marie Leblanc.

Sonntagszeitung : La souffrance est pourtant bel et bien présente dans le cyclisme.

Ralf Hütter : Parfois, il vous faut aller chercher dans vos propres limites pour avoir un bon rendement, que vous soyez professionnel ou simple amateur. Dans vos limites, vous recherchez le rythme de votre vie. En ce qui nous concerne, c'est ainsi que nous procédons. Dans les années 60, nous travaillions avec des bandes, coupées avec des lames de rasoirs. Nous jouions avec des instruments électro acoustiques. Au début des années 70, nous utilisions les premiers synthétiseurs.

Sonntagszeitung : La naissance de ce nouvel album de Kraftwerk est particulièrement incroyable. Il a été maintes fois annoncé et constamment repoussé, pourquoi ?

Ralf Hütter : Le concept d'un album sur le Tour de France date de 1983. Mais ce projet n'a débouché que sur un single, parce que nous en avions commencé un autre : l'album "Technopop". En fait, c'est "Electric café" qui sera réalisé. Après cela, nous avons numérisé tous nos enregistrements. A l'automne dernier, nous étions en concert à la cité de la musique à Paris, pour la première fois avec nos ordinateurs portables : notre studio est désormais mobile.

Sonntagszeitung : Il vous a réellement fallu tout ce temps ?

Ralf Hütter : Notre Kling Klang studio pesait plusieurs tonnes. En 1998, nous avons parcouru le monde entier avec lui. Désormais, il est réduit à une simple plateforme numérique. Nous pouvons le mettre dans nos valises et il fonctionne sous toutes les latitudes.

Sonntagszeitung : Tour de France Soundtracks est votre premier album comportant de nouveaux titres depuis 1986.

Ralf Hütter : Non, en 1999, nous avons sorti "Expo 2000" : un mini album comprenant la musique de l'Expo universelle d'Hanovre.

Sonntagszeitung : Il faut tout de même admettre que votre allure de travail est plutôt lente !

Ralf Hütter : Nous sommes totalement autonomes. Tout ce que nous produisons, nous le faisons nous-mêmes, tous ensemble avec notre ingénieur informaticien.

Sonntagszeitung : L'ancien membre de Kraftwerk, Wolfgang Flür a dit que Ralf Hütter est plus intéressé par le cyclisme que par la musique. Est-ce la raison pour laquelle l'album sort après tout ce temps ?

Ralf Hütter : Qui est ce Flür ?

Sonntagszeitung : Il était pendant 15 ans l'un des membres de Kraftwerk.

Ralf Hütter : Flür était l'un des batteurs, nous l'avions engagé pour les tournées et l'enregistrement des disques. Ce qu'il affirme est faux. Il ne peut porter un tel jugement, il n'a jamais fait de cyclisme.

Sonntagszeitung : D'où vous vient cet engouement pour le cyclisme ?

Ralf Hütter : Probablement de mon attrait pour la musique. L'avenir de l'homme et la machine se rejoignent pour former une unité (...) Dans la dernière semaine du Tour de France, les médias parlaient en ces termes "Ulrich, l'homme machine" ou "Ulrich, une centrale électrique avec deux roues". Le cyclisme, c'est notre programme de fitness. Beaucoup de personnes dans le monde de la musique sont usées, cassées. Nous sommes plein d'énergie.

Sonntagszeitung : Avec "Tour de Fance Soundtracks" vous êtes revenus travailler sur un ancien projet de Kraftwerk. Existe-t-il d'autres projets à finaliser ?

Ralf Hütter : Non aucun, nous n'avons pas de projet pour les quatre prochaines années, nous n'avons pas de plan du tout. Tous nos titres sont livrés avec ce dernier album.

Sonntagszeitung : L'influence de Kraftwerk sur la pop musique est indéniable. Toute nouvelle production est délicate, car elle risquerait de mettre en péril le mythe des pionniers de la musique électronique.

Ralf Hütter : Ce genre de considérations ne nous intéresse pas. C'est le rôle des critiques musicaux d'élaborer de tels modèles. Les questions de ce genre ne nous intéressent pas du tout.

Sonntagszeitung : Kraftwerk était un précursseur dans le traitement des sons électroniques. Est-il inévitable de perdre cette avance ?

Ralf Hütter : Nous avons toujours fait ce que nous voulions, et nous avons toujours du faire face à des critiques. Quand nous avons créé TEE, les critiques disaient : "Pourquoi vous intéressez-vous à de vieilles choses comme le Trans Europe Express, c'est du passé". Pour "Computer World", on nous appelait les "pousseurs de boutons" (...) puis les critiques se sont tus : le PC est apparu 2 ans plus tard sur le marché.

Sonntagszeitung : Votre vidéo pour "Tour de France" est également illustrée avec de vieilles images comme pour "The models", pourquoi celà ?

Ralf Hütter : En France, quelqu'un a appelé celà "Rétro Futurisme", parfois il est intéressant de regarder en arrière, cet engouement pour tout ce qui est nouveau dans la société ne nous intéresse pas, nous préférons l'essence même des choses.

Sonntagszeitung : Dans une interview, vous déclariez : "Quand tout le monde pourra créer sa propre musique, plus personne n'aura besoin de nous". Cette situation est désormais bien réelle, avec l'époque des DJs.

Ralf Hütter : C'est vrai, avec la musique électronique, tout ceci est possible. Mais pour nous, ce n'est pas une raison d'arrêter, nous continuons dans ce contexte.

Sonntagszeitung : L'homme machine est votre concept favori. Sur ce sujet, au cours des dernières années, des progrès ont été menés sur les relations, les connections entre l'homme et l'informatique. Poursuivez-vous également en ce sens ?

Ralf Hütter : Oui complètement, nous essayons d'appliquer tout cela dans notre travail. Nous imaginons nos robots donnant un concert à Tokyo, alors que nous sommes à Paris (...)

Sonntagszeitung : C'est un vieux projet de Kraftwerk ?

Ralf Hütter : Effectivement, longtemps notre équipement a rendu impossible de tels projets, maintenant nous y pensons plus sérieusement.

Sonntagszeitung : Il y a quelques années, les séquences TV et les CD "pop 2000" ont été compilés pour une histoire de la pop musique allemande, avec tous les groupes allemands les plus importants. Kraftwerk n'y figurait pas !

Ralf Hütter : (...) Nous avons été contactés pour ce projet "pop 2000". 2000 ans de pop musique ? "Nous ne sommes pas intéressés", voilà ce que nous avons répondu.

Sonntagszeitung : Les autres groupes de musique pop allemands ne sont-ils pas assez bons pour Kraftwerk ?

Ralf Hütter : Non, c'est juste que celà ne nous intéressait pas. C'est notre droit, la compilation, le packaging, tous ces mélanges nous ont toujours rebutés.

Sonntagszeitung : Allez-vous nous gratifier de performances scéniques prochainement ?

Ralf Hütter : En automne et en hiver, nous partons en tournée en Europe.

Trad. Kraftwerkonline

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