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Interview n°26


 

Interview de Ralf Hütter
[De La Dance - janvier/février 1992 - Interview par Silvain Gire]

 

Ralf Hütter : Nous avons débuté dans une période de silence. Nous sommes la première génération d'après-guerre en Allemagne; les artistes allemands ont du inventer une nouvelle créativité. Quand j'ai rencontré Florian Schneider-Esleben au conservatoire de Düsseldorf en 1968, c'était une époque d'ouverture, de happenings, tout était permis.

De la Dance - Quelles étaient vos influences musicales ?

Ralf Hütter : Tout. Les oreilles sont deux microphones, on a commencé par là. Par le son de la vie quotidienne, le Kling Klang de l'Allemagne.

De la Dance - Votre célébration de la modernité (nucléaire, ordinateurs) est-elle sincère ou ironique ?

Ralf Hütter : Absolument sincère. Il ne s'agit pas d'un positivisme stupide, mais de la réalité qui nous intéresse. Les machines électroniques, la vidéo, tout ça, c'est la vie d'aujourd'hui. Il est donc normal d'en parler et de l'inclure dans no chansons. On doit se servir des machines, non pour en faire des armes, mais pour préparer un futur plus humain. C'est de l'écologie artistique. Quel est votre rapport avec cette technologie que vous aimez tant? On joue avec les machines et les machines jouent anotre musique. C'est l'amitié que nous avons avec les machines qui crée cette nouvelle musique. Avant, c'était un travail énorme de faire une boucle, sans sampler ni ordinateur. On a du inventer nos machines, construire nos percussions. Aujourd'hui la technologie est allée dans notre sens, c'est beaucoup plus agréable, on voyage avec un portable. De "Autobahn" à "Trans Europe Express" en passant par "Tour de France", vous avez toujours été fascinés par les transports... Ce'st le mouvement qui nous fascine, le dynamisme de la vie moderne par opposition aux choses statiques, mortes. La musique est faite de mouvement, de changement, de vitesse... Grâce aux réseaux d'ordinateurs, on peut envoyer de la musique à New York, c'est merveilleux.

De la Dance - Vous êtes une influence majeure de la House, comment l'expliquez-vous ?

Ralf Hütter : Quand on jouait aux USA, il y avait toute une partie du public qui dansait, surtout les Noirs et les Hispaniques. L'électronique est la musique du village global. Tout le monde a un couer, un pouls; l'origine de la musique se trouve dans la danse. D'ailleurs dans certaines langues c'est le mêmem mot. Quant au rythme, c'est le dynamisme des machines, la "soul" des machines qui ont toujours occupé notre musique. On cherche la transe dans le sexe ou les parties, mais les machines possèdent la transe parfaite.

De la Dance - Vous revenez aujourd'hui avec un remix dansant de vos anciens morceaux. Quel est votre futur ?

Ralf Hütter : Nous continuons dans la voie d'une technologie humaine. Le système Kraftwerk voyage avec nous sur scène, c'est une parfait collaboration entre l'homme et la machine. Nous avons entièrement digitalisé nos vieillles bandes qui se dégradaient et désormais tout la mémoire Kraftwerk est disponible en pressant un bouton. Notre studio est comme une cuisine, un laboratoire, on travaille tout le temps à faire du neuf. Et Même si nous disparaissons, l'encyclopédie de sons Kraftwerk sera disponible à jamais. Quelqu'un viendra et pourra créer de nouvelles compositions.

interview n°25