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Interview n°5

 

Kraftwerk : The Triad Magazine - juin 1975

 

Interview de Ralf Hütter & Florian Schneider
[The Triad Magazine - juin 1975 - Interview de Paul Smaisys]

 



Triad - Le terme de "space rock" peut-il s'appliquer à votre musique ?


Ralf Hütter - Nous faisons partie de la génération industrielle. Nous y avons grandi…


Florian Schneider - Nous sommes très impressionnés par toutes ces percussions électroniques que nous utilisons dans notre musique, l'aspect technologique de la vie. Pour nous, la technologie n'est pas une ennemie. Nous l'utilisons telle qu'elle est. Nous aimons aussi la nature, mais aimons aussi bien la technologie que la nature. Dans le monde d'aujourd'hui il faut accepter les choses telles qu'elles sont.


Ralf Hütter - Il y a des aspects dans notre musique qui se réfèrent à l'espace comme dans Kometenmelodie, mais nous nous intéressons également à ce qui touche directement l'être humain, son espace intérieur comme la destinée, le corps et toutes ces choses de la vie quotidienne.


Florian Schneider - Nous voyons beaucoup de films, nous observons beaucoup la vie au quotidien, nous sommes à l'affût de toutes ces sensations visuelles, ceci a une influence sur notre musique, et nous transformons toutes ces observations dans des films musicaux, des poèmes musicaux. C'est ainsi que nous essayons de retranscrire ce que nous voyons et ce que nous entendons. Il y a quelques années nous étions en tournée et venions de faire un long trajet sur autoroute, pour nous rendre dans la salle de concert où nous devions jouer. Sur scène cette sensation de vitesse influença notre musique : nos cœurs battaient encore très fort, et donc le rythme de nos chansons s'en trouva accéléré.


Triad - Toutes ces sensations influencent donc la manière dont vous créez vos titres.


Ralf Hütter - Oui, le mouvement. L'idée est de capturer ces phénomènes en perpétuel changement, parce que la musique est elle aussi en constante évolution. Elle varie en fonction du temps et du mouvement dans le temps. Elle n'est jamais identique.


Triad - La danse est-elle une composante de votre musique ?


Ralf Hütter - Oui, en Allemagne, des compagnies de danses modernes ont déjà utilisé notre musique et s'en inspirent pour créer leurs propres ballets.


Florian Schneider - La chorégraphie était très mécanique, un peu comme une danse de robot.


Ralf Hütter - Nous dansons un peu de cette manière, quand nous en avons l'occasion. Nous ne bougeons pas réellement avec notre corps en concert, mais cette sensation est bien présente, nous nous sentons comme des danseurs.


Florian Schneider - Notre esprit danse. Les sons électroniques dansent tout autour des hauts-parleurs.


Ralf Hütter - Nous avions cette idée depuis longtemps, mais c'est seulement l'année dernière que nous avons été capables de créer ce que nous ressentions, une sorte d' orchestre de hauts-parleurs. C'est ce que devrait être Kraftwerk, un orchestre électronique de hauts-parleurs, le tout formant un même instrument. Nous jouons avec les bandes, avec les tables de mixage, avec les synthétiseurs, nous jouons le concept Kraftwerk. Cela devient un instrument, avec ses lumières et sa propre atmosphère.


Florian Schneider - Parfois j'ai l'impression de pouvoir goûter le son. Il existe plein d'autres sensations que la sensation auditive. Le corps tout entier peut ressentir les sons.
Ralf Hütter - Regardez les arbres. A quoi ressemble le bruit du vent dans les arbres ?Il est inutile de faire entendre ce son. Il suffit de le décrire par écrit, et le lecteur est capable d'imaginer ce son ou alors de reproduire émotionnellement le son dans son esprit.


Triad - Ecoutez-vous d'autres styles de musiques à part la musique électronique ?


Ralf Hütter - Oh oui. Quelquefois nous écoutons la radio, nous écoutons aussi la vie, les bruits, et tous ces sons que les gens considèrent comme des nuisances, ce sont en fait des bruits naturels, les bruits de la vie. Si vous marchez dans la rue, vous devez pouvoir entendre une symphonie, si vous faîtes l'effort d'écouter.


Florian Schneider - C'est ce que nous apprenons en travaillant avec l'électronique. Nous allons à la source même des sons et ainsi nos oreilles sont capables d'analyser la moindre sonorité. Nous écoutons passer les avions au-dessus de nos têtes et je reconnais tous les phénomènes qui composent ce son, l 'écho, les variations. Toutes ces choses qui composent la vie.


Ralf Hütter - Et plus nous apprenons et plus nous sommes ravis. Vous pouvez découvrir des sons que vous n'aviez jamais entendu avant. C'est étrange parfois d'analyser tous ces sons, cela peut être des animaux dans un parc, des bruits de voitures, ou des conversations entre personnes.


Florian Schneider - Le mélange, la perception de tous ces sons est infini, quelqu'un peut créer un son très spécial, l'enregistrer et le faire écouter à 50, 100 ou 1000 personnes et chacune de ces personnes aura des impressions différentes. Ce n'est pas comme avec le cinéma ou presque tout le monde est censé voir la même chose. Je pense que l'aspect visuel est plus facile à contrôler, mais avec la musique, chacun peut la percevoir à sa manière dans son esprit.


Ralf Hütter - Oui, les musiques, toutes les musiques.


Florian Schneider - Lors d'un concert, tu peux injecter ta musique dans le cerveau de tous les auditeurs, mais tu sais que celle-ci provoque tellement de réactions différentes. Certaines personnes sont calmes, d'autres excitées, certaines n'aiment pas et s'en vont, d'autres arrivent, d'autres s'assoient par terre. Il y a tellement de réactions différentes pour une même musique.


Ralf Hütter - Nous improvisons à la manière des musiques orientales ou des ragas indiens, notre musique n'a pas d'harmonies structurées.


Florian Schneider - Nous préférons créer les sons (…) Nous utilisons beaucoup d'harmonies naturelles (..) Nous essayons de faire des choses simples, la simplicité c'est ce qui est le meilleur. Par le passé nous faisions une musique beaucoup plus bruyante, à cette époque nous et nos musiciens jouions le plus de notes possible à la seconde ou à la minute. Mais maintenant, nous essayons d'aller droit à l'essentiel avec plus de simplicité.


Ralf Hütter - Il faut clairement établir la direction, le sens de la composition que l'on désire réaliser. Inutile de se dissimuler derrière une multitude de notes, de se cacher derrière…


Florian Schneider - … des armoires de hauts-parleurs


Ralf Hütter - … pour révéler les choses les plus simples.


Florian Schneider - Nous n'aimons pas les bombardements sonores, nous préférons les sons plus raffinés.


Ralf Hütter - Cela nous a pris des années d'expérimentation, étape par étape pour arriver à la musique que nous faisons actuellement. Et il nous faudra encore bien d'autres étapes pour faire évoluer notre musique vers d'autres horizons.


Florian Schneider - Nous avons débuté avec des instruments acoustiques. Nous avons joué avec beaucoup d'amis par le passé, la vie continue et certains nous ont quittés, d'autres nous ont rejoints. Nous sommes finalement arrivés au point où nous ne voulons plus avoir tous ces instruments rythmiques avec nous sur scène. Pendant une année (…), nous avons utilisé une boîte à rythme, mais ce n'était pas entièrement satisfaisant. C'était assez simple pour jouer un morceau, mais beaucoup trop compliqué quand il s'agissait de s'en servir durant toute une soirée, nous avons alors décidé de construire nos propres instruments pour concevoir nos rythmes électroniques, car nous avions besoin de ces rythmes dans notre musique. Nous avons dessiné et construit ces instruments et maintenant nous avons deux percussionnistes électroniques dans le groupe qui utilisent ces instruments.


Ralf Hütter - Cela nous apporte d'autres possibilités pour modifier le son (…), car avec le son électronique vous pouvez choisir n'importe quelle fréquence, à votre convenance, la mieux adaptée pour le concept particulier de votre musique. Comme un peintre qui peut choisir n'importe quelle couleur de la palette, celles dont il a besoin et les projeter sur sa toile.


Florian Schneider - Maintenant, nous travaillons avec un peintre qui pourra réaliser nos propres concepts visuels.


Ralf Hütter - Nous ne nous considérons pas comme des musiciens, mais plutôt comme des personnes qui créent par différents médias ou chemins d'expression, que ce soit la peinture, la poésie, la musique et pourquoi pas les films. L'essentiel est de communiquer avec les gens.


Florian Schneider - Nous ne savons pas réellement, où ceci nous amènera, peut-être davantage vers l'aspect visuel ou vers plus de chansons.


Ralf Hütter - Nous attendons beaucoup des disques vidéo qui pourraient sortir prochainement en Allemagne. C'est probablement l'étape vers laquelle nous allons aller, parce que nous avons beaucoup d'idées visuelles en relation avec la musique, ces deux aspects s'influençant mutuellement.

(trad.kraftwerkonline)

interview n°4

 

interview n°6