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Interview n°8


Kraftwerk : Future Music Magazine N° 6 - 1997

 

Interview de Ralf Hütter
[Future Music Magazine N° 6 - 1997]

 

 

Future Music - Quelle a été l'avancée technologique qui a le plus influencé votre carrière ?


Ralf Hütter - Je pense que c'est l'apparition du premier synthétiseur mono bloc, avant cela, nous utilisions de grosses machines fabriquées par les laboratoires Bell ou celles utilisées par les stations de radios. Ces premiers synthétiseurs nous ont permis de jouer de manière plus individualiste, d'être indépendants. "Je me souviens que le premier synthétiseur que j'ai acheté, coûtait le même prix qu'une Volkswagen, je devais absolument en acheter un... Je pense que cette comparaison est assez bonne puisque, comme la voiture, le synthétiseur nous donnait la liberté de mouvement.


Future Music - Ces machines offraient-elles plus de liberté qu'aujourd'hui, dans le sens où elles étaient plus faciles à programmer ?


Ralf Hütter - Oui, il n'y avait que trois pages à lire, le mode d'emploi nous disait : ceci est un oscillateur, ceci est un filtre et c'était tout. Ensuite nous retournions à la maison et il nous suffisait de traficoter, bidouiller en tournant les boutons. Il n'y avait aucun sons pré-programmés, tout était entièrement analogique. Aujourd'hui, je n'utilise toujours pas de sons pré-programmés, car si vous commencez à en utiliser, vous travaillez toujours avec les mêmes sons. Nous n'avons jamais utilisé des sonorités émanant d'autres personnes. La recherche sonore a toujours été notre priorité. Ainsi, dans la même démarche, nous avons construit nos propres synthétiseurs et nos propres séquenceurs (ils étaient si rares à l'époque). Nous avons également modifié des boîtes à rythmes avec nos ingénieurs et nos électriciens de manière à pouvoir en jouer comme bon nous semble, nous les avons ajustées avec des séquenceurs et des bandes, tout devait être synchronisé.

Future Music - Comment Kraftwerk parvient-il à transférer sa musique, pour pouvoir la jouer en live?


Ralf Hütter - Le son n'est pas pré-enregistré, il est dans la mémoire numérique. Il n'y a aucune bande, tout provient de l'ordinateur. Ainsi nous pouvons changer, modifier ce que bon nous semble : arrêter le titre, réduire le son, augmenter la vitesse… Nous avons un contrôle total sur notre musique, nous pouvons faire durer un titre plus ou moins longtemps, selon les concerts. Certaines choses sont écrites, mais d'autres compositions peuvent avoir un point de départ et ensuite être totalement improvisées… c'est selon notre envie. Toutes les compositions [à l'exception de The robots] sont justes écrites de manière basique.

Future Music - Etes-vous surpris par l'influence que vous avez eue sur la scène de la musique techno américaine ?


Ralf Hütter - Oui, mais nous avons toujours eu une réaction très favorable envers cette audience du public noir américain, bien avant la House et la Techno. Je me souviens que quelqu'un nous avait emmenés dans un club en 1976 ou 1977, Trans europe express venait tout juste de sortir. C'était dans un club de New York, juste au moment où les premiers DJ commençaient à faire leur propres disques, au tout début de la culture DJ. Ce DJ mixait des sections de Metal on metal sur le titre Trans europe express, j'ai alors pensé "oh il passe le dernier album", hors cela dura plus de 10 minutes… Mais que se passait-il ? Le tire original ne durait que 2 ou 3 minutes ! Plus tard j'ai questionné le DJ, il m'a répondu qu'il avait deux copies du disque et qu'il mixait avec les deux, évidemment il pouvait faire durer le titre aussi longtemps qu'il le voulait. C'était réellement une approche nouvelle, car la durée maximale d'un titre était normalement d'environ 20 minutes, si on voulait le graver sur une face de disque vinyl : la durée d'une chanson dépendait de la possibilité offerte par la technologie. Nous avions l'habitude de jouer en live des titres plus ou moins longtemps, mais là dans ce club, le titre pouvait durer 10 minutes, 20 minutes, tant que la "vibe" était présente ! [...]

Future Music - Concernant le studio Kling Klang ? En quoi a-t-il changé ?


Ralf Hütter - Nous l'appelons le jardin électronique, parce qu'il est en régénération constante, de plus il est complètement modulable, nous pouvons ainsi sélectionner certaines unités et les remplacer. Nous avons conservé tous les sons de nos vieux synthétiseurs dans les mémoires, ils occupent très peu de place, nous pouvons alors en disposer n'importe où, pendant nos concerts ! C'est vraiment très intéressant. La technologie numérique n'a nullement remplacé l'analogique, la technologie numérique est seulement employée pour prélever des sources analogiques, pour conserver et restituer de vielles bandes originales, d'anciennes sources sonores, des bruits. Nous avons toujours considéré le son comme du bruit. Kling Klang est d'ailleurs le mot allemand pour définir le bruit, Nous avons toujours été fascinés par le bruit.

(trad.kraftwerkonline)

interview n°7

 

interview n°9